LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE


Le 7 mai 1945

Mon cher Philippe:

On a annoncé aujourd'hui la capitulation de l'Allemagne et la ville s'est soudainement mise à célébrer. On dansait, on s'embrassait dans les rues et un groupe de citoyens en fête s'est mis à défiler à travers la ville avant d'aboutir sur la colline parlementaire.

Le contremaître nous a rassemblé et c'est le patron lui-même qui nous a annoncé la nouvelle. Il nous a donné congé pour le reste de la journée et je suis allée voir les célébrations avec Lorraine avant de faire un peu de magasinage. J'espère que les bonnes nouvelles nous amèneront la fin du rationnement. J'ai bien hâte de pouvoir acheter du sucre et du beurre comme avant.

On fait beaucoup de projets Lorraine et moi. Un des miens est de continuer à travailler après la guerre et de contribuer aux finances de notre foyer. Tu te demandes peut-être pourquoi je t'écris ça maintenant? Je ne sais pas si j'oserais t'en parler si tu étais en face de moi. Les choses ont tellement changé! Nous avons prouvé pendant cette guerre que les femmes ont un rôle à jouer hors du foyer. Lorraine rêve d'aller à l'université. Tu te rends compte? J'espère que tu pourras bientôt faire sa connaissance. Nous sommes devenues de grandes amies. Elle me rend visite parfois le soir et nous écoutons tes disques d'Ovila Légaré et du Soldat Lebrun dont je viens d'acheter le dernier succès. Je suis sûre qu'il va te plaire! Ne te fais pas de soucis pour l'argent, chéri. Le premier ministre Mackenzie King a annoncé l'autre jour à la radio qu'il allait offrir «la prime bébé» et comme nous voulons en avoir six, finis les tracas!

Les nouvelles sont tellement bonnes aujourd'hui! Ca veut sûrement dire que tu seras bientôt de retour chez nous. Tu me manques tellement. La guerre ne sera pas terminée tant que tu ne seras pas dans mes bras sain et sauf.


Ta femme qui t'aime,


Simone