LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE


Le 15 août 1939

Mon cher Robert,

Ton oncle Henri est désormais célèbre. Tante Madeleine et moi revenons d'Ottawa où nous avons participé à la cérémonie de dévoilement au Monument de la Guerre. Dans le train, je repensais à mon premier voyage du Cape Breton à Halifax en 1917. J'avais 17 ans, ton âge, et je partais au loin pour la guerre. Bien paré dans son uniforme, l'officier de recrutement était venu dans notre village nous vanter les mérites de servir l'Empire et de voir du pays. Cela nous semblait, à ton oncle Paul et à moi, bien plus alléchant que de risquer notre vie jour après jour dans une cale empestant le poisson.

Le nez collé à la fenêtre du wagon, nous étions tous les deux fascinés par les paysages nouveaux. Il faisait nuit quand on est arrivé et les lumières d'Halifax scintillaient comme un ciel étoilé; quel spectacle! Nous nous sommes vite retrouvés à bord du S.S. Halifax en direction de l'Angleterre. Nous étions des milliers de jeunes soldats entassés dans les entrails du navire, brassés par les vagues de l'Atlantique. Ton oncle Paul trouvait plutôt drôle l'idée que nous avions laissé la pêche pour aboutir comme des sardines et il n'avait pas tout à fait tord! Mais tout cela n'était rien comparé à ce qui nous attendait en France: Les trenchées, les gaz moutarde, les rats, les corps qui restaient à nos côtés des jours et des jours avant d'être enterrés.

Ton oncle Paul est tombé à Vimy comme tu le sais. C'est cette bataille qui a montré au monde que le Canada était un pays fort et indépendant. Ton oncle Paul a donné sa vie pour notre pays et je sais qu'il aurait été fier de la cérémonie à Ottawa. Nous les vétérans avons défilé devant le roi, la reine et le premier ministre sous les applaudissements de la foule. Ca m'a rappelé la foule sur les quais d'Halifax à notre retour de la guerre. Si seulement Paul avait pu vivre cette journée -là...

Quel honneur pour moi d'être là avec mes compatriotes tout près de la colline du Parlement! J'étais tellement fier de notre pays et de notre dévouement à la paix partout dans le monde! J'ai pensé à toi à ce moment-là et j'étais certain que notre avenir ne faisait aucun doute et que notre nation continuerait à contribuer au bien-être de l'humanité.


Je t'embrasse.


Ton oncle Henri.