LE SOIXANTIÈME ANNIVERSAIRE DE LA CONFÉDÉRATION


Journal intime, le premier juillet 1927


Je reviens de la cérémonie de dévoilement de la Tour de la Paix et du Carillon sur la colline parlementaire. Étant moi aussi dans la soixantaine, je ressens profondément le sens de ce soixantième anniversaire de la confédération.

Debout sur la colline, entouré par la foule, je me suis senti soudainement ému par la musique, le claquement des drapeaux dans le vent et, chose assez étrange pour moi, par les discours. Peut-être que cette flamme de patriotisme avait toujours brûlé en moi? Peut-être que je me sentais simplement mal à l'aise à l'idée d'exprimer mon respect des symboles et des traditions politiques? Le temps qui passe ne me permet plus de me croire invincible et me laisse peut-être entrevoir la fragilité des liens qui unissent la nation? Quelle que soit la raison, j'ai vécu quelque chose de magique sur la colline.

Mes yeux se sont tournés vers ces édifices qui me sont devenus si familiers au cours des années et pour la première fois j'ai compris leur raison d'être. Non pas d'une façon rationelle, mais plutôt émotionnelle, comme si les édifices palpitaient d'une vie qui leur était propre. J'ai alors compris que derrière ces murs épais des êtres de chair et de sang oeuvraient, discutaient, se concertaient et ainsi donnaient souffle à l'âme législative de la nation; j'ai compris qu'ici-même battait le coeur de notre pays.

Il n'est pas sans lacunes mais, quel système, gouvernmental ou autre conçu par l'homme, pourrait prétendre à la perfection? N'y aura-t'il pas toujours des divergences d'opinions et des compromis, des intérêts privés devant se soumettre au bien commun?

Alors que mes yeux continuaient leur parcours, je me suis senti gonflé d'orgueil pour ce que nous avions déjà accompli et plein d'espoir pour le chemin qu'il nous reste à faire. Ces édifices abritent un système démocratique qui fait l'envie de bien des peuples. Nous avions réussi: D'une humble colonie nous étions devenus un pays autonome. Mon regard s'est porté sur la Tour de la Paix et j'ai compris qu'elle méritait sa place, qu'elle était le symbole de ce que nous étions en tant que peuple: Une flamme d'espoir et d'idéal jettant une lueur sur un monde parfois bien sombre.