LA RÉVOLUTION TRANQUILLE


Le 23 juillet 1963


Ma chère Josée.

Merci de ta lettre et de ta carte reçues la journée même de mon anniversaire; J'ai suivi ton conseil et célébré comme il le fallait, après tout, 22 ans et la fin du bac, ce n'est pas tous les jours! tu m'as quand même bien manqué cette année encore... Cinq ans depuis ton départ pour Paris. Tu me dis avoir toi aussi célébré ton bac et dans une ville comme Paris, ça doit être inoubliable! J'espère cependant que tu vas bientôt m'annoncer ton intention de revenir au Québec. Je ne sais pas si tu es au courant, mais les choses ont bien changé ici depuis que tu nous a quittés. Le Québec que tu trouvais étouffant et démodé a fait peau neuve. Un vent frais et ravigorant a balayé les vieilles idées pour faire place à du neuf depuis le départ de Duplessis.

Je suis allée voir une pièce intitulée «Le train» d'un jeune écrivain québécois du nom de Michel Tremblay hier soir et la semaine dernière, c'était Gilles Vigneault qui donnait un concert. Tu ne peux t'imaginer l'énergie et l'intensité dans la salle pendant les deux manifestations, comme si Vigneault et Tremblay sonnaient le renouveau de la culture québécoise, et ils ne sont pas les seuls à contribuer à ce nouveau souffle!.

Ce n'est pas facile d'exprimer dans une lettre l'esprit d'émancipation qui nous habite, ou encore l'enthousiasme qui accompagne notre vie quotidienne. Il se passe tellement de choses. Le gouvernement Lesage vient de restructurer Hydro Québec en nationalisant les compagnies privées d'électricité. On est en train de réorganiser tout le système scolaire et l'introduction de nouveaux programmes sociaux semble se faire jour après jour.

Le moment ne pourrait être mieux choisi pour toi de rentrer au pays ma chère Josée. Nous sommes en pleine révolution, même si elle n'est aucunement violente. C'est une révolution tranquille du genre qui touche l'âme et j'aimerais tellement que tu puisses la vivre à mes côtés.


Je t'embrasse.


Ton amie,

Francine